Dire bonjour en alsacien n’est pas un simple exercice linguistique : c’est une porte d’entrée sur un pan du patrimoine culturel français souvent méconnu. Langue enracinée dans l’histoire et la vie quotidienne de la région, l’alsacien est un dialecte germanique riche, varié et encore pratiqué aujourd’hui par une partie de la population. Ce dialecte, qui a survécu à plusieurs siècles de mutations politiques et sociales, continue de résonner dans les villages, sur les ondes régionales et parfois même dans les grandes villes.
Un dialecte aux racines germanophones profondément ancrées
L’alsacien est une langue d’origine alémanique et francique, appartenant à la grande famille des dialectes germaniques parlés principalement dans le sud-ouest de l’Allemagne, en Suisse et en Autriche. Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas d’un « mauvais français » ni d’un simple accent, mais bien d’un véritable dialecte, avec ses propres règles grammaticales et son vocabulaire spécifique.
Dérivé de racines orales millénaires, l’alsacien possède une grande diversité interne : selon les régions d’Alsace, on entendra des variantes parfois très différentes, du Sundgau au Rhin supérieur. Même d’un village à l’autre, les termes varient, illustrant la richesse impressionnante de cette langue populaire à l’origine essentiellement orale.
Les différentes façons de dire bonjour en alsacien
Le mot « bonjour » en alsacien n’a pas une seule traduction, mais plusieurs nuances, qui dépendent du moment de la journée… et parfois de la localité ! Voici les saluts les plus couramment utilisés :
- Güete Morge : bonjour le matin (équivalent de « bon matin »)
- Bonchour : bonjour, utilisé tout au long de la journée, notamment dans le nord de l’Alsace
- Salü bisàmme : salut tout le monde ! Formule conviviale souvent entendue au sein de groupes
- Güete Owe : bonsoir
- Güet Nocht : bonne nuit
Selon les zones géographiques — Wissembourg, Strasbourg, Mulhouse, Colmar ou les vallées vosgiennes — les sonorités peuvent légèrement varier. Par exemple, certains diront « Bonschùr » à la place de « Bonchour », intégrant au passage quelques influences locales et historiques.
L’alsacien dans le quotidien des habitants
Autrefois langue dominante de la région, l’alsacien a progressivement reculé face au français, à mesure que les politiques d’unification linguistique de la République prenaient le pas sur les usages locaux. Cependant, dans les milieux ruraux, chez les personnes âgées ou dans certaines familles attachées à cette identité linguistique, la langue continue d’exister au quotidien.
Elle est parlée dans les fermes, se glisse dans les échanges familiaux, s’entend sur certaines stations de radio régionales comme France Bleu Elsàss, et figure parfois sur les cartes des restaurants traditionnels. Le dialecte n’est pas abandonné, mais il est à présent utilisé dans un espace social plus réduit – souvent empreint de nostalgie et de fierté.
Une langue diverse, vivante et en mutation
Le terme « alsacien » regroupe en réalité un ensemble de dialectes locaux, du sud au nord, de Wissembourg à Ferrette, influencés par des centres urbains (Colmar, Strasbourg) mais aussi par les voisins germaniques suisses, badois ou palatins. Dans le Bas-Rhin, les influences franciques sont plus marquées ; dans le Haut-Rhin, ce sont les racines alémaniques qui dominent.
De ce fait, les variantes abondent : une « voiture » pourra se dire Waawe, Waaga ou Wöje selon la commune. Les pommes de terre ? Grumbeere au nord, Ardäpfel au sud. Ce kaléidoscope linguistique rend non seulement l’apprentissage passionnant, mais aussi plus complexe pour les néophytes.
La langue évolue également : le français y pénètre parfois directement, formant un mélange typique dit « code-switching ». Ainsi on entendra couramment : « Ich hàb de Portable verlore, je sais nimme wo er isch » (J’ai perdu mon téléphone, je ne sais plus où il est).
Apprendre et pratiquer l’alsacien aujourd’hui
Si dire bonjour en alsacien est un premier pas, il est tout à fait possible d’aller plus loin. Des initiatives existent pour relancer l’apprentissage collectif du dialecte : cours pour adultes, ateliers en école primaire ou champ artistique. L’alsacien est également mis en valeur dans la signalétique régionale, le théâtre dialectal ou les événements culturels comme les marchés de Noël où l’on entend ici ou là une strophe en dialecte.
De nombreux Alsaciens souhaitent aujourd’hui transmettre ce patrimoine immatériel aux jeunes générations. Des ressources pédagogiques, des dictionnaires franco-alsaciens, et même des applications mobiles permettent de s’y initier facilement, avec pour objectif non pas toujours la maîtrise parfaite, mais une familiarité sonore et symbolique.
Lexique express pour débuter en alsacien
Quelques expressions utiles si vous souhaitez tenter quelques phrases en alsacien lors de votre prochaine visite :
- Wie geht’s ? : comment ça va ?
- Merci vielmols : merci beaucoup
- Bis bàll : à bientôt
- Wenn’s beliebt : s’il vous plaît
- Ich bin e Elsasser / a Elsassere : je suis alsacien / alsacienne
Et pour les plus courageux : « Ich heiss Paul un ich geh e d’Schüel in Strasbourg ! » (Je m’appelle Paul et je vais à l’école à Strasbourg).
Apprendre à dire bonjour en alsacien, c’est renouer avec un accent unique et une identité régionale forte. Derrière ces mots ronds ou râpeux, souvent teintés de bonne humeur et de simplicité, se cache un véritable patrimoine vivant. Que vous soyez visiteur curieux ou habitant désireux de redécouvrir vos racines, tendez l’oreille : l’alsacien murmure encore dans les ruelles et les bistrots. Il vous dira peut-être : « Güete Morje ».
FAQ
Comment se prononce « Güete Morge » ?
« Güete Morge » se prononce « Guh-teuh Mor-ghé », avec le « g » légèrement roulé comme en allemand. Cela signifie « bon matin » et est souvent utilisé avant midi.
Le mot « bonjour » en alsacien varie-t-il selon la région ?
Oui, les variantes dialectales étant nombreuses, l’on pourra entendre « Bonchour », « Bonschùr » ou encore « Gùete Daag » selon la zone géographique. Tous signifient une forme de salutation.
L’alsacien est-il encore enseigné en Alsace ?
Il n’est pas enseigné de manière systématique à l’école, mais des initiatives ponctuelles existent, notamment via des associations ou établissements bilingues. On le retrouve également dans les médias locaux ou le théâtre dialectal.
Puis-je utiliser quelques mots d’alsacien en tant que touriste ?
Absolument. Les Alsaciens apprécient souvent ce clin d’œil, même maladroit. Dire « Merci vielmols » ou « Güete Morje » permet de créer une connivence chaleureuse.
Quelle est la différence entre alsacien et allemand ?
L’alsacien est un dialecte local d’origine germanique, tandis que l’allemand standard (Hochdeutsch) est une langue codifiée et officielle. L’alsacien n’a pas de grammaire uniformisée et varie selon les localités.




